
Webinaire - Animer ses équipes au quotidien : outils et bonnes pratiques pour les encadrants du médico-social
Les encadrants du médico-social font face à des enjeux managériaux complexes : tensions entre collaborateurs, réunions d'équipe chronophages et difficulté à fédérer un collectif durable. Comment passer à l'action concrètement, avec des outils simples et adaptés au terrain ?
Nous avons réuni Sandra Boyer, formatrice Compani, Claire Bolzinger, responsable pédagogique chez Compani, et Sandrine Lahay, cadre de santé à la Fondation de Rothschild, pour partager leurs expériences et leurs bonnes pratiques à l'occasion du webinaire "Animer ses équipes au quotidien" animé par Amélie Le Berre, responsable opérationnelle chez Compani.
Trois grands enjeux ont été explorés :
- Réguler les tensions entre collaborateurs
- Animer des réunions efficaces et orientées solution
- Fédérer le collectif et permettre à chacun de trouver sa place
Ces témoignages ont été recueillis lors du webinaire "Animer ses équipes au quotidien", accessible en replay sur le site de Compani.
1. Réguler les tensions entre collaborateurs
Sandrine, pouvez-vous nous partager une situation concrète où vous avez utilisé un outil pour réguler des tensions ?
"La semaine dernière, lors d'une formation, il manquait une personne dans le service. Un aide-soignant est parti aider sa collègue seule, créant des tensions avec celle qui travaillait avec lui. En arrivant, elle était très en colère. Elle m'a dit qu'elle allait régler ça elle-même. Avant la formation Compani, je m'en serais tenue là. Mais j'ai utilisé la matrice d'Eisenhower, urgent et important, donc à traiter immédiatement, et je suis allée au devant de l'équipe." (Sandrine Lahay, cadre de santé, Fondation de Rothschild)
Sandrine a alors utilisé une approche de feedback bienveillant : valoriser la bonne initiative du professionnel qui avait aidé sa collègue, et questionner la personne en colère sur ses besoins réels. La conclusion ? Il ne manquait qu'une chose : la communication entre les deux.
"Ce qui leur manquait, c'était juste la communication. Ils ne s'étaient pas parlé, pas mis d'accord. En les valorisant et en les rassurant sur les soins apportés aux résidents, on a effacé des tensions qui auraient pu s'aggraver." (Sandrine Lahay)
Qu'est-ce que la formation Compani a changé dans votre façon d'aborder ces situations ?
"Avant, j'étais surchargée au quotidien, et si quelqu'un me disait 'c'est réglé', ça m'arrangeait. La formation m'a permis de prendre du recul : est-ce que je laisse courir au risque de gérer davantage de catastrophes après ? C'est ma vision de l'équipe qui a changé, je leur laisse maintenant un espace d'évolution positive." (Sandrine Lahay)
Du côté de Sandra Boyer, formatrice Compani, plusieurs outils sont mis en avant pour prévenir les conflits avant qu'ils n'éclatent :
"La communication non-violente est très utile. Elle permet à la personne de verbaliser son émotion et d'identifier le besoin derrière. L'écoute des signaux faibles, une personne qui s'isole ou qui participe moins, permet d'agir avant d'arriver à un conflit ouvert. Questions ouvertes, reformulation, posture de coach : c'est vraiment clé." (Sandra Boyer)
Claire Bolzinger, responsable pédagogique, partage quant à elle un rituel utilisé en formation : le "Y'en a marre". Chaque participant commence sa phrase par "Y'en a marre de..." et dépose au milieu du groupe quelque chose qui lui pèse dans son quotidien. À la fin du tour, le groupe symboliquement "vide le récipient" pour aborder la réunion dans un état d'esprit différent.
"Ce rituel libère la parole. Quand on commence une réunion en étant capable d'entendre les choses qui ne vont pas bien, ça veut dire quelque chose. Et les gens peuvent se l'approprier et l'utiliser ensuite avec leurs propres équipes." (Claire Bolzinger, responsable pédagogique Compani)
2. Animer des réunions efficaces et orientées solution
Comment animiez-vous vos réunions avant la formation, et qu'est-ce qui a changé ?
"Avant, j'animais mes réunions de manière classique : une information à donner, je la donne, j'apporte la solution. En tant que manager, on attend de nous d'avoir les réponses. Depuis la formation Compani, j'ai adopté une posture de coach : je retourne les questions, je demande aux équipes ce qu'elles proposent. La réunion est plus fluide, les échanges sont de meilleure qualité." (Sandrine Lahay)
Le tour de table est un outil particulièrement précieux pour donner la parole aux plus discrets :
"C'est un outil très simple que je connaissais, mais la formation me l'a remis en mémoire. À force de l'utiliser, ça devient instinctif. Ça permet que chacun puisse s'exprimer." (Sandrine)
Quand elle se retrouve prise à partie en réunion, "c'est à vous de décider !", Sandrine a appris à retourner la question vers l'équipe plutôt que d'apporter une réponse immédiate.
"J'interroge les autres professionnels présents : qu'est-ce que vous en pensez ? Qui voit les choses différemment ? Ça m'apaise, les tensions s'apaisent naturellement, et les professionnels de terrain ont très souvent de très bonnes idées." (Sandrine Lahay)
Sandra Boyer complète avec des pratiques concrètes d'animation :
- La météo de début de réunion pour prendre le pouls du groupe
- Le bâton de parole pour éviter les interruptions et garantir une expression équitable
- Commencer par ce qui va bien plutôt que par les problèmes, pour insuffler une énergie positive
- Un ordre du jour structuré, avec des temps définis et un moment dédié aux questions
Claire Bolzinger partage une astuce simple pour passer des questions fermées aux questions ouvertes, ressort essentiel d'une réunion orientée solution :
"Il suffit d'ajouter deux petites lettres. Au lieu de demander 'Est-ce que tu as fait cela ?', on demande 'Qu'est-ce que tu as fait pour cela ?'. Le Q et le U ouvrent la question et donnent à l'autre l'espace pour répondre." (Claire Bolzinger)
3. Fédérer le collectif et permettre à chacun de trouver sa place
Qu'avez-vous mis en place pour créer un sentiment d'appartenance dans vos équipes ?
"On a récemment mis en place un tableau des félicitations. On pense toujours à signaler ce qui ne va pas : les plaintes, les incidents. À contre-pied, ce tableau met en valeur les remerciements des familles et les belles prises en charge. Ça valorise le travail du terrain, qui ne l'était pas assez." (Sandrine Lahay)
Sandrine observe que le changement de posture ne transforme pas les équipes du jour au lendemain, mais que les signaux positifs arrivent :
"Certains s'étonnent quand je retourne les questions. D'autres se sentent plus libres de proposer, plus valorisés. Il faut du temps pour que les équipes intègrent cette nouvelle posture. Mais les éléments moteurs peuvent emmener avec eux les autres." (Sandrine Lahay)
Pour Sandra Boyer, la célébration des réussites collectives est un levier souvent sous-estimé :
"Commencer une réunion par 'à qui ai-je envie de dire merci ?' pour un coup de main, pour une belle prise en charge... Ça donne vraiment quelque chose. On n'a pas l'habitude de savoir dire merci et c'est pourtant puissant pour le collectif." (Sandra Boyer)
Claire Bolzinger insiste sur l'importance d'un cadre clair comme condition de la liberté :
"Un cadre, ce n'est pas quelque chose qui empêche ou limite. C'est au contraire ce qui libère des énergies, des initiatives, de la parole. Quand les règles sont claires et affichées, chacun sait dans quel espace il évolue, et il peut y jouer pleinement. C'est le droit à l'essai : on peut tenter des choses, et réussir." (Claire Bolzinger)
Comment fonctionne la formation "Bonnes pratiques managériales et posture de coach" ?
La formation Compani se déroule en plusieurs modules espacés de plusieurs semaines, pour laisser le temps à chaque participant d'expérimenter les outils sur le terrain avant d'y revenir.
"Ce ne sont pas des outils qu'on range aussitôt dans sa bibliothèque. L'idée, c'est de les tester dans son quotidien, puis de revenir partager ce qui a bien marché, ce qui a été plus difficile, et d'affiner." (Claire Bolzinger)
Sandrine résume ce que cette formation a représenté pour elle :
"Je l'ai vraiment vécu comme une bulle d'oxygène. J'étais arrivée à un moment où j'étais un peu à bout de souffle. La formation m'a permis de voir mes équipes différemment, de voir qu'elles peuvent évoluer, grandir. Et moi je grandis également avec elles." (Sandrine Lahay)
"La posture de coach, c'est vraiment une philosophie de travail. Ce n'est pas que dans les temps de réunion. C'est à tout moment de la journée, entre deux portes, dans chaque conversation." (Sandrine Lahay)








